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Arts et engagements politiques

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Arts et Engagements

Art et démocratie sont-ils antinomiques ?

Art et démocratie sont-ils antinomiques? de Joëlle Zask discute de la relation entre démocratie et art, en soulignant que malgré les critiques historiques de la démocratie (comme celles de Platon, Montesquieu, et Tocqueville), les démocraties libérales modernes offrent un cadre favorable à la création artistique.

Il explique que la démocratie peut être perçue de manière négative, surtout lorsqu’elle est vue comme une forme de gouvernement où l'opinion populaire domine, ce qui peut nuire à l'art, jugé souvent trop influencé par les goûts médiocres de la masse. Toutefois, ce n’est qu’une vision partielle. Dans les démocraties libérales, deux principes sont essentiels : la participation des citoyens au gouvernement (le peuple prend part à la décision politique) et un gouvernement limité par des lois qui protègent les libertés individuelles, dont celle de l'art.

L’art bénéficie particulièrement de cette liberté, car il peut se développer sans la censure ou les restrictions imposées par des régimes autoritaires. Les artistes, dans une démocratie, peuvent créer sans crainte d’être persécutés ou censurés. En revanche, dans des pays comme la Chine, l’Iran ou Cuba, les artistes vivent sous une pression constante, ce qui limite leur liberté d’expression.

Le texte met aussi en avant le fait que l'art n'est pas seulement une création solitaire, mais un processus interactif et participatif. L’artiste n’agit pas dans l’isolement, mais engage un dialogue avec son œuvre et son environnement. Cela reflète la nature même de la démocratie, où chaque individu participe à la construction collective de la société. De même, la réception de l'art est un processus participatif, car le jugement esthétique est à la fois personnel et partagé avec d’autres. Cela renforce l’idée que la démocratie et l’art se nourrissent mutuellement.

En conclusion, le texte soutient que la démocratie libérale est le meilleur cadre pour l'art, car elle garantit les libertés nécessaires à la création et permet à l’art d’évoluer, de se renouveler et de s’adapter aux besoins et aux goûts de la société.

Edoardo Ribon

Arts Visuels

La démocratie de rue: Street art et politique

Le Street Art peut être défini comme un type d’art urbain réalisé dans l’espace public, englobant plusieurs techniques telles que le graffiti. Elle est bien évidemment une façon pour les artistes de s’exprimer sur leurs émotions, mais également dans certaines sociétés marginalisées, une façon de prendre part au débat public. Notamment en Amérique Latine, on remarque une vraie tendance des Street Artistes à exprimer leurs opinions politiques et véhiculer des messages sur des murs longs de plusieurs mètres. 

Dans son interview sur le Street Art Latino-américain, Olivier Dabène ( politologue) explique que dans sa recherche sur la démocratie dans les sociétés marginalisées et fragiles, il a pu remarquer une créativité particulière qui l’a intrigué. Grand passionné de Street Art, il a associé aux nombreuses fresques de Sao Paulo, au Brésil, un sens bien plus profond que la pure esthétique: Selon lui, les groupes isolés et marginaux utilisent l’art comme une expression de leur frustration, et cela fait dans un espace public permet à plus grande échelle une prise de conscience du public. 

Un autre effet de ces fresques est un resserrement des liens communautaires, puisque les messages portés favorisent la société, et expriment une volonté collective de prôner les droits de ces groupes fragilisés par la pauvreté. Ce sont donc des citoyens urbains qui encouragent par leurs œuvres une démocratie délibérative ( délibération active entre citoyens égaux) qui passe pourtant par l’illégalité, créant une sorte d ' “empowerment”, autrement dit la capacité des groupes défavorisés à accéder au “demos”. En effet pour beaucoup d’artistes interrogés lors de son enquête, démocratie et illégalité ne sont pas incompatibles, ou du moins à faible mesure puisque le Street Art n’est pas une très grande infraction.

Cependant, le street art montre aussi la façon dont l’espace public est gouverné, autrement dit si les autorités répriment oui ou non cette forme d’expression; et si oui, de quelle façon le font-elles. Ainsi Olivier Dabène pense que les organismes politiques peuvent atteindre leurs objectifs de façon démocratique, par le dialogue et non par la violence. Le politologue souligne donc que la ville est considérée dans ce cas comme un bien commun, et que le Street Art améliore de manière globale le bien-être des personnes vivant auprès des fresques. On remarque surtout cet effet positif lorsqu’il y a une gouvernance coopérative entre autorités et artistes, qui créent un espace public collectif et légal, sous forme de coopérations. 

Dans un article du Courrier International sur le street art brésilien, on découvre aussi que le Street Art y est apparu dans les années 1980 afin de raconter l’histoire du Brésil, considéré comme un “pays sans mémoire” mais également afin de rendre hommage aux personnes oubliées, les “marginaux”. Alex Vallauri a été le premier à utiliser le Street Art au Brésil comme une forme d’expression de la liberté à l’encontre de la dictature militaire de l’époque, qui savait déjà que “l’occupation de la rue était déjà considérée comme un acte politique” selon Sergio Miguel Franco, un sociologue. Aujourd’hui, le Street Art est légalisé (depuis 2011) et les artistes expriment librement leurs opinions politiques sur les murs des plus grandes métropoles brésiliennes.

Le rapport dictature/ art est bien connu pour être assez pauvre et froid; les dictateurs préférant interdire les graffitis et diffuser leur propagande afin de conditionner l’opinion publique. Beaucoup d’opposants politiques sont à l’origine des graffitis, comme José Clemente Orozco ou d’autres artistes s’inspirant du style futuriste et des idées politiques véhiculées par ce mouvement artistique.

Dans nos sociétés démocratiques actuelles, c’est l’effet inverse qui est recherché par les gouvernements, puisqu’ils ont remarqué que le Street Art était une façon de faire sortir beaucoup de villes de la marginalité. C’est le cas par exemple de Medellin en Colombie. Cette ville compte le quartier jadis parmi les plus dangereux du pays, barrio Comuna 13. Aujourd’hui, c’est un quartier coloré sur une politique basée sur le désenclavement et l’éducation pour tous.

De nouvelles formes de réalisations artistiques sont porteuses de messages forts et poignants, et le Street Art est l’un des exemples les plus évidents d’une volonté des citoyens plus vulnérables de prendre place sur la scène politique. Pour la plupart des artistes inconnus qui exposent sur les murs une manière de libération, une prise de conscience pour toute une communauté.

Le serment du Jeu de paume, 20 juin 1789

Jacques-Louis David voulut représenter le Serment du Jeu de paume comme un acte fondateur et universel de la Révolution. Dans sa composition, il plaça les députés comme sur une scène de théâtre, leurs gestes solennels renforçant la dimension dramatique et collective de l’événement. Bien qu’il n’ait pas été témoin de la scène, il idéalisa les corps nus esquissés sous les vêtements, cherchant à exprimer une grandeur héroïque inspirée de l’Antiquité. Tous les regards convergent vers Bailly, figure centrale qui incarne la souveraineté de la Nation face au roi. L’œuvre, conçue pour rivaliser avec les fresques monumentales de Raphaël et destinée à orner la salle de l’Assemblée, devait symboliser l’unité et la force du serment.
Cependant, malgré une souscription des Jacobins puis un financement décidé par la Constituante, la toile resta inachevée. L’engagement politique croissant du peintre, les divisions entre modérés et extrémistes ainsi que la radicalisation de la Révolution firent échouer ce projet d’unification nationale par l’art. Entreposée au Louvre, la toile subit même des dégradations lors de l’insurrection du 10 août 1792. Ainsi, le destin inachevé du tableau reflète les tensions et la fragilité de l’idéal révolutionnaire qu’il voulait incarner.

 

               
KANEKO CHAUVEL Tsubaki-Amélie
       

Paule Gobillard Peignant , Berthe Morisot(1841-1895) ,1887 huile sur toile 86 x 94 cm Paris musée Marmottan

Berthe Morisot est l’une des fondatrices du mouvement impressionniste. Née d’une famille bourgeoise, sa mère lui enseigne l’aquarelle, alors que ses sœurs abandonnent la peinture Berthe en fait une vocation et décide de mener une existence publique de peintre(100 ans avant que les femmes puissent légalement exercer un métier(1965)) . Elle s’initie à la peinture en copiant les œuvres du Louvre, où elle rencontre Henri Fantin Latour en 1859.Deux ans plus tard elle est l'élève de Corot. Dès son premier salon en 1864 elle connaît un certain succès. Quatre ans plus tard , Fantin Latour lui présente Edouard Manet , elle devient son élève et sa belle sœur lorsqu’elle épouse son frère Eugène Manet,celui-ci soutient sa carrière et ne lui exige pas d’ enfant. Il “accepte” également qu’elle signe ses toiles de son nom de jeune fille.
Berthe Morisot peint sa nièce Paule Gobillard, elle fait ainsi un clin d'œil à toutes les femmes qui ont peint avant elle et dont l’histoire écrite par les hommes n’a pas voulu retenir le nom. Les académies des beaux Arts n’ouvrent leurs portes aux femmes que deux ans après la mort de Morisot? Jusque là les filles de Véronèse et celles du Tintoret travaillaient dans les ateliers de leurs pères et ne signaient jamais aucun tableau.
Toute sa vie Morisot peint un monde peuplé de femmes, elle peint en égale aux hommes et révolutionne ainsi la position des femmes vis à vis de la peinture. Pourtant à sa mort, celle-ci est décrite comme “sans profession".

« Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu un homme traitant une femme d’égale à égal, et c’est tout ce que j’aurais demandé, car je sais que je les vaux." Berthe Morisot

Cadoni Tècla

Banksy et une dénonciation de l’oppression quand à la liberté d’expression

Ce graffiti peint le 8 septembre à la Cour de Justice de Londre par Banksy, met en avant un juge en train de frapper violemment un manifestant. La seule couleur est le sang rouge, ce qui contraste fortement avec les nuances de gris, noir et blanc. Cela vient apporter une symbolique particulière à cette dénonciation: l’oppression et la corruption se traduisent par la violence, et la liberté d’expression n’est qu’une illusion. 

Cependant, cet acte ne renvoie à aucune date concrète. Le seul lien que nous pouvons établir sont les manifestations pro-palestiniennes survenues deux jours plus tôt à Londres où plus de 900 personnes ont été arrêtées. 

Cette œuvre cherche alors à dénoncer le manque de liberté d’expression qu’il devrait y avoir dans une société démocratique en plus d’une paralysie politique et d’un manque de positionnement quant aux conflits actuels mondiaux. Nous pouvons même aller jusqu’à l’hypothèse que cette œuvre critique les pays qui ne cherche pas à s’impliquer dans les débats majeurs actuels sachant parfaitement la situation mondiale. 

Le fait que le graffiti ait été effacé le jour suivant , peut être vu comme un confirmation de ces accusations en plus d’un manque de crédibilité d’un gouvernement qui n’assume pas. 

Cette œuvre montre donc la fragilité d’une démocratie où les valeurs principales (liberté d’expression, pluralisme politique…) s’effacent peu à peu pour laisser place aux intérêts personnels et à la corruption, entraînant avec cela une société construite sur des principes démocratiques toujours plus distants.  

 

               Maya Canales Brouzes       

Le sacre de Napoléon - Jacques-Louis David

Le Sacre de Napoléon est une représentation magistrale de l'apogée du pouvoir impérial français du peintre néoclassique Jacques-Louis David réalisée entre 1805 et 1808. C’était un artiste renommé de son temps, connu pour son engagement politique et son talent exceptionnel pour la représentation historique. Il était également le peintre officiel de Napoléon Bonaparte, ce qui lui a valu de réaliser de nombreuses œuvres glorifiant l'Empire français. Le Sacre de Napoléon est une peinture à l'huile capturant l'événement historique du couronnement de Napoléon Bonaparte en tant qu'Empereur des Français le 2 décembre 1804 à la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Au centre de la composition, Napoléon se tient majestueux drapé dans un manteau d'apparat et une couronne impériale sur la tête. À sa droite Joséphine, son épouse, est agenouillée tandis que les membres de la cour

impériale et les représentants de l'Église observent cette scène avec une solennité presque palpable. La composition est d'une précision architecturale remarquable, chaque détail étant soigneusement pensé pour magnifier la grandeur de l'événement. Les colonnes majestueuses de la cathédrale encadrent la scène conférant à l'ensemble une atmosphère de grandeur et de solennité. La palette de couleurs utilisée par le peintre est riche et vibrante reflétant la richesse et le faste de la cour impériale. Les dorures et les tissus luxueux captent la lumière, créant des jeux d'ombres et de reflets qui ajoutent à la sensation de mouvement et de vie.

Le Sacre de Napoléon est une œuvre de propagande impériale conçue pour célébrer et glorifier la figure de Napoléon Bonaparte en tant que souverain tout-puissant. Jacques-Louis David, artiste favori de Napoléon, saisit parfaitement l'esprit de son époque offrant une vision idéalisée et mythique de l'Empire français. En conclusion, Le Sacre de Napoléon est une œuvre magistrale qui témoigne du génie artistique de Jacques-Louis David et de son engagement envers les idéaux impériaux. C'est une pièce emblématique de l'histoire de l'art occidental qui continue de fasciner et d'inspirer les générations à venir.

Julie Carron

Il Quarto Stato, Giuseppe Pellizza da Volpedo, 1901, Galleria d’arte moderna di Milano

"Le quatrième état" de Giuseppe Pellizza da Volpedo est un chef-d’œuvre qui va au-delà de la simple représentation d’un événement social, offrant une analyse approfondie de la condition humaine et des dynamiques de pouvoir de l’époque.

La composition du tableau est soigneusement étudiée pour transmettre un sentiment d’unité et de détermination du mouvement ouvrier. Le cortège de travailleurs, composé d’hommes, de femmes et d’enfants, avance de manière compacte et résolue vers le front du tableau, symbolisant la force collective de la classe ouvrière dans l’affirmation de ses droits.

Les trois personnages principaux, un homme âgé, un jeune et une femme avec un enfant, sont stratégiquement placés pour représenter la variété des âges et des expériences au sein de la classe ouvrière. Le vieil homme symbolise la sagesse et l’expérience accumulées au cours des années de lutte, le jeune représente l’espoir pour l’avenir et la femme avec l’enfant incarne la maternité et la continuité des générations.

La lumière qui frappe la femme avec l’enfant, En l’éclairant de manière proéminente, il ajoute une signification symbolique à la scène, suggérant la centralité de la famille et de la maternité dans la lutte pour les droits des travailleurs. Cet élément ajoute de la profondeur au récit de l’œuvre, mettant en évidence la dimension humaine et sociale de la lutte ouvrière.

En outre, le cadre rural et le choix de représenter les habitants locaux confèrent au tableau un caractère authentique et universel, soulignant la participation de toutes les couches de la société à la lutte pour leurs droits.

En définitive, "Le Quatrième État" de Pellizza da Volpedo est non seulement un document historique d’une époque de changement social, mais aussi un puissant rappel à la solidarité et à la dignité humaine dans la lutte pour la justice sociale.

Valeria Stefanelli

We the people - Shepard Fairey

Shepard Fairey est un artiste contemporain américain né le 15 février 1970. Il a gagné une renommée mondiale pour son influence dans le mouvement du street art et sa capacité à fusionner l'art visuel, la politique et la culture populaire. Fairey est surtout connu pour son célèbre poster Hope créé pour la campagne présidentielle de Barack Obama en 2008. Son style distinctif, marqué par des couleurs vives, des motifs graphiques et des messages sociaux engagés, a fait de lui une figure emblématique de l'art contemporain. 

We The People est une série emblématique de créations artistiques réalisées par Shepard Fairey. Cette série a été créée en 2017 en collaboration avec le Center for the Study of Political Graphics (CSPG) et Amplifier Foundation dans le but de célébrer la diversité, l'inclusion et de défendre les droits civiques. Au cœur de We The People se trouvent des affiches au design saisissant, mettant en scène des portraits de personnes issues de différentes communautés culturelles et ethniques. Chaque visage est accompagné d'un slogan puissant, affirmant des valeurs telles que l'égalité, la justice, la liberté et la solidarité. L'art de Fairey caractérisé par des couleurs vives, des contrastes marqués et des éléments graphiques distinctifs, donne vie à ces messages de manière percutante.

Inspirée par l'esthétique du célèbre poster Hope qu'il a créé pour la campagne présidentielle de Barack Obama, la série We The People vise à célébrer l'unité dans la diversité et à encourager l'engagement civique. Les portraits de We The People capturent l'essence de la diversité américaine tout en renforçant l'idée que la force d'une nation réside dans son unité malgré sa diversité. Ces œuvres ont pris une importance particulière en tant que réflexion artistique sur les enjeux sociaux et politiques de l'époque.  Les affiches ont beaucoup été utilisées lors de manifestations, marches et autres événements de protestation, devenant ainsi des symboles visuels de la résistance et de l'engagement civique. We The People témoigne de l'engagement continu de Shepard Fairey à utiliser l'art comme un moyen d'exprimer des idées politiques et sociales, tout en inspirant le dialogue et la réflexion au sein de la société.

Carron Julie

La représentativité du peuple

2023 a été houleuse notamment du point de vue politique. Il y a eu de grandes vagues d’insatisfactions à l’encontre des décisions gouvernementales notamment concernant la réformes des retraites par exemple ou encore l’application jugée excessive de l’article 49.3. Or justement se pose la question: le peuple est-il écouté ? Ses représentants le représentent-t-il réellement lui et ses intérêts, envies, revendications ? Question polémique dans le contexte de l’annonce de la réforme des retraites qui avait été précédée d’un référendum…cependant dans ce même référendum, la majorité des votants avaient répondus contre la réforme. Pourtant le fameux 49.3 a clos le débat, rendant le passage de la loi obligatoire ou presque sans possibilité de contestation. Pouvons dire que le peuple français est mal représenté ou du moins que ses représentants ne jouent pas leurs rôles à savoir: se faire délégué de la majorité et en être le symbole ? Voilà l’interrogation qui émane donc de cette caricature ironique …

Les assauts de Donald Trump contre la démocratie américaine

En janvier 2021, des partisans pro-trump déferlent dans les rues de Washington et envahissent le Capitole au nom de ce même leader. Cette caricature exagère le caractère populiste de Donald Trump qui parvient à rallier prodigieusement les foules et à les mener avec entrain. Le problème c’est que ce déchaînement vise le Capitole, institution même de la démocratie américaine. En outre, on remarque que cette assemblée n’est pas du tout pacifique, brandissant armes et pancartes tout en suivant un Trump déchaîné et monstrueux, contemplé avec stupeur par la Statue de la liberté qui, elle aussi, est un grand symbole de la démocratie états-unienne. 2024, 2025, les nouvelles élections des Etats-Unis se profilent mais comment ne pas s’inquiéter alors que Donald Trump semble regagner de l’influence, bien décidé à reprendre le pouvoir ? Serait-ce l’ombre d’une nouvelle menace pour la démocratie occidentale ?

"La liberté guidant le peuple", symbole de la démocratie

Eugène Delacroix est l’un des peintres les plus importants du 19eme siècle. Principal représentant du romantisme, il est connu pour avoir peint plusieurs tableaux célèbres : "Femmes d’Alger dans leur appartement" ou encore "La liberté guidant le peuple." "La liberté guidant le peuple" a été peint en 1830. Véritable incarnation de la République, il est souvent considéré comme un symbole national. Un petit rappel historique s’impose. En 1830, le roi Charles X publie plusieurs ordonnances dans le but de contrôler la presse et de dissoudre la chambre des députés des départements. A la suite de ces actes, le peuple se soulève les 27, 28 et 29 juillet 1830, connus sous le nom des Trois Glorieuses. Le tableau a pour cadre ces événements, souvent considérés comme la seconde révolution française. Lorsque les émeutes cessent, le roi Charles X abdique. Louis-Philippe lui succédera, inaugurant la monarchie de Juillet.

The Flower Thrower - BANKSY

Banksy est un artiste de rue mystérieux dont les œuvres provocantes ont marqué l'imaginaire collectif. Il a réalisé une œuvre nommée Flower Thrower en 2003, cette fresque murale emblématique incarne une transformation visuelle puissante d'un geste militant vers une déclaration pacifique et poétique. L'œuvre continue de susciter de l'admiration et de la réflexion interrogeant la nature même de la protestation.

Au cœur de Flower Thrower se trouve un contraste saisissant : un homme prêt à lancer un bouquet de fleurs plutôt qu'un cocktail Molotov. Ce contraste, moteur de l'œuvre, subvertit l'image traditionnelle de la protestation violente pour lui donner une nouvelle dimension positive. Banksy pousse ainsi le spectateur à réfléchir sur la possibilité de transformer un geste militant en une déclaration de paix et de beauté. Les fleurs ont été délibérément choisies par Banksy ne sont pas de simples ornements. Ce sont des symboles traditionnels de délicatesse et de renouveau. Elles altèrent profondément la signification de l'acte de lancer. Banksy suggère que même dans les moments de tension l'expression des convictions peut se faire par des moyens non violents. Les fleurs deviennent ainsi une métaphore puissante du changement par la douceur plutôt que par la force.

L'œuvre Flower Thrower est une déclaration implicite en faveur de la protestation pacifique. En transformant un geste potentiellement destructeur en une expression artistique positive, Banksy plaide pour un changement de modèle dans la manière dont nous abordons les conflits sociaux et politiques. L'œuvre invite à considérer l'amour, la créativité et la non-violence comme des armes puissantes de contestation. L'héritage de cette fresque murale s'étend au-delà des murs sur lesquels elle a été peinte. Elle incarne une icône de la résistance non violente inspirant des générations entières à repenser à la nature de l'activisme et de la contestation. L'œuvre de Banksy continue de résonner dans un monde en quête de voies alternatives pour exprimer frustrations et aspirations.

En conclusion, "Flower Thrower" de Banksy demeure un exemple saisissant de l'impact de l'art sur la société. Cette fresque murale avec sa symbolique florale et son appel à la protestation pacifique nous rappelle que même au cœur des conflits la créativité et l'amour peuvent être des forces de transformation. En contemplant Flower Thrower, nous sommes invités à imaginer un monde où les fleurs plutôt que les armes sont les instruments du changement.

World Press Photo of the Year 2010 - PIETRO MASTURZO

Cette photo a été prise le 24 juin 2009 à la suite des élections présidentielles Iraniennes. Elle montre des femmes criant leur désarroi sur les toits de Téhéran.

Cette date marque la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad (conservateur islamiste radical) contre Mir Hossein Mousavi (musulman nationaliste républicain).

Sa victoire a été très contestée car il était accusé de fraude électorale. Durant des semaines suivant, de violentes manifestations ont eu lieu dans les rues contre son régime. Et la nuit, alors que les rues se vidaient de ses manifestants, les partisans de Mousavi montaient sur les toits pour se rebeller contre le régime, criant "Allahu akbar" et "Mort au dictateur". Ces manifestations font écho à celles qui ont eu lieu lors de la révolution islamique de 1979.

La sculpture de la place Tian-An-Men

La démocratie en Chine est un sujet particulier et plutôt restreint.

Cette sculpture réalisée par l’artiste danois Jens Galschiøt, a été installée sur le campus il y a près de 25 ans. “Le pilier de la honte” a été exposé pour la première fois en 1997 pour commémorer la place Tian-An-Men : (dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, l'armée réprime le mouvement d'étudiants, d'intellectuels et d'ouvriers chinois, qui dénoncent la corruption et demandent des réformes politiques et démocratiques depuis la mi-avril. Il y aurait eu 10 000 morts place Tian-An-Men.)

Cette statue s’intitulant “le pilier de la mort” commémore alors ces nombreux manifestants pro-démocratie tués lors de la répression du gouvernement chinois le 4 juin 1989.

Cependant, celle-ci est menacée d’être retirée par l’université d’Hong Kong ce qui nous montre la pression politique que Pékin exerce sur Hong Kong.

Nous vous laissons découvrir plus en détails ce sujet en cliquant sur le lien de l’article suivant écrit par Gaspar Bazinet le 08 octobre 2021.

L'art dans la ville - Rouen

Quelle place doit occuper l’art dans la ville ? Comment et dans quelle mesure inclure la démocratie dans la question de l’espace public ? Nous vous emmenons aujourd’hui à Rouen et vous proposons de comprendre l’importance du vote dans l’aménagement d’une ville.

Le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, revient sur les résultats du vote autour de la statue de Napoléon à Rouen : 68% des Rouennais participant souhaitent revoir cette dernière sur son socle initial devant l’hôtel de ville, que ce soit par simple attachement ou parce que l’histoire est assez importante pour occuper l’espace public.

Pour Nicolas Mayer-Rossignol, l’importance de ce vote réside dans un premier temps dans l’exercice de la démocratie participative. En effet, 4000 suffrages sur 56000, cela peut paraître peu, cependant il s’agit là de la plus forte participation qu’il y ait eu en matière de démocratie participative à Rouen. 

Puis, le débat autour du futur de la ville de Rouen ainsi que de la place occupée par l’art est également extrêmement important : un autre vote a eu lieu pour déterminer s’il fallait ou non accorder plus de place aux femmes, entre autres Gisèle Halimi; afin de féminiser les espaces publics.

 

Géraldine Laurendeau, artiste écologique de notre démocratie

L'artiste Géraldine Laurendeau veut sensibiliser les passants à la disparition et de l'extinction des grands mammifères tels que les baleines qui sont aujourd’hui en péril. Elles sont représentées comme espèce “parapluie”: Le terme qualifie une espèce qui, une fois son milieu protégé, protège une panoplie d’autres espèces vivant dans le même milieu. L’artiste pluridisciplinaire sensibilise alors les montréalais en exposant des carcasses de baleine faites de fer et de bois dans un jardin public. 

Géraldine Laurendeau espère susciter la réflexion sur l’importance des animaux et l’impact que l’humain peut avoir sur leur disparition. “Si on protège les espèces et qu’on protège leur milieu, c’est nous qu’on protège”. Elle utilise alors l’espace public mis à disposition par la ville pour user de sa liberté d’expression dans une démocratie qui le lui permet.

Nous vous laissons cliquer sur ce lien si vous souhaitez en savoir plus sur cette cause qui nous tient à cœur ! 

"La révolution artistique" (Soudan)

Ce 17 janvier 2022 dans “La Chronique d’Antoine Pecqueur”, un podcast a été publié concernant l’implication des artistes au sein de la révolution soudanaise. Cette dernière a débuté le 9 décembre 2018 pour protester contre le coût de la vie excessive, dans un contexte de grave crise économique. Antoine Pecqueur qualifie cette révolution de “révolution artistique”. En effet, le street art permet de critiquer en touchant un plus large public (populations défavorisées, enfants…) la mainmise du pouvoir par les militaires. Ainsi, dans les rues de la capitale Khartoum on peut observer des poèmes, des chansons et graffitis qui font naître la démocratie à travers l’art. Nous vous invitons donc à visiter la page de France musique on vous trouverez le podcast ainsi qu’un article l’accompagnant.

Exposition sur la démocratie à La Seine-sur-Mer

Nous vous proposons de découvrir une exposition composée de  30 photographies exposée  à la Villa Tamaris de La Seyne-sur-Mer 29 janvier 2022 au 7 mai 2022. Le thème de cette exposition est la démocratie traitée sous tous ses angles qui permet aux visiteurs d’être confrontés  à une vision critique de nos démocraties contemporaines. L’exposition est réalisée par l’artiste d’art contemporain/photographe Gérard Rancinan associé à l’écrivaine Caroline Gaudriault. Les écrits font donc partie intégrante de l'œuvre: images et textes se mettent en valeur mutuellement. 

Dans « Voyage en démocratie ! », c’est leur réflexion sur l’humanité qu’ils transposent par la photo et l’écriture. Comme le revendique le photographe, “La démocratie c’est l’apprentissage de la liberté et ce n’est pas si facile, nous sommes tous concernés”. France Info a publié un article concernant le travail de ces deux artistes que nous vous conseillons de lire; surtout si vous n’avez pas la possibilité de vous déplacer afin d’aller voir cette œuvre artistique de vos propres yeux !

"Non-Violence" 1985, par Carl Fredrik Reuterswärd

Carl Fredrik Reuterswärd a réalisé cette sculpture après l'assassinat de John Lennon. Un grand ami du chanteur britannique, lorsque Reuterswärd apprend du meurtre, il s’engage de crer une oeuvre d’art pour dénoncer ce meurtre. Il resta éveillé toute la nuit, concevant le prototype de sa sculpture. Il décide de représenter le revolver de Mark David Chapman (un Colt Python .357 Magnum), l’homme qui mit fin à la vie de John Lennon, mais en le nouant au bout. En 1980-81, Reuterswärd a produit plusieurs prototypes de pistolet en taille réelle (maximum 34 cm de long) . Ceux-ci sont maintenant hébergés au Lund Public Art Drawing Museum. Il crée par la suite une version publique extra-large de l'œuvre, qui est prévue d’être installée lors du mémorial de John Lennon, à Strawberry Fields à Central Park, New York.  Cependant, lorsque le mémorial a ouvert ses portes en 1985, Reuterswärd a craint qu'elle ne soit volée. Alors,en 1988, le gouvernement luxembourgeois l'a acheté et en a fait don aux Nations Unies. 

Depuis la création de cette œuvre, d’autres personnes célèbres telles que Ringo Starr, Yoko Ono ou bien Paul McCartney, ont repris l’idée de Reuterswärd, luttant pour la non violence (“end gun violence now”). 

Le fait que cette œuvre soit exhibée au siège de l’ONU, donne une plus grande signification à la sculpture en termes d'engagement politique. Symbole de la diplomatie internationale, l’ONU expose cette sculpture qui promeut la non-violence, un des moto principal des Nations Unies: établir la paix dans le monde. La sculpture a été placée à l'extérieur du siège de l'ONU, afin que tout le monde puisse la voir. Elle est donc vue non seulement comme un mémorial à John Lennon, mais comme un symbole de l'opposition mondiale à la violence et à la guerre.

Sold down the river, Tony Forbes, 1999

 Entre ses fameux explorateurs tels que John Cabot et ses esclavagistes multimillionnaires, la ville de Bristol au Royaume Uni, est une ville façonnée par son pouvoir maritime. En mai 1996, la ville organise un festival centré autour de la puissance maritime de Bristol, car cela faisait 499 ans que John Cabot (du vrai nom Giovanni Caboto) avait mis pied sur l’île de la Terre Neuve en 1497.  Cependant au cours du festival, la question de l’esclavage (ce qui a rendu la ville riche), n’est jamais abordée. Le Bristolien Tony Forbes, ce sent trahit par les instituts gouvernant la ville. Il dit “ La pièce maîtresse du festival été le lancement de la réplique du navire de John Cabot, le Matthew. Son voyage en 1497 ouvrit la voie au génocide des Amérindiens et à la colonisation. Ce festival, encouragé par le Conseil, financé par les grandes entreprises et médiatisé par nos médias, était une gifle à la face de la communauté noire et une insulte à l'intelligence et à la sensibilité de nombreux Bristoliens. C'est le week-end que Bristol m'a brisé le cœur.”

Ainsi, les gens peint sur le pont sont représentent les personnes riches qui contrôlent et influencent la ville, dont le peintre pense “qu'ils se foutent de ce qui arrive aux autres”.

Living on thin ice, 2012 - Ole Jørgen Liodden

Ole Jorgen Liodden, photographe norvégien, travaille sur des projets photographique visant à produire une prise de conscience sur le réchauffement climatique. Cette photo ‘Living on thin ice’, révèle d’un talent photographique unique: le photographe combine documentation et art. Il documente, car il témoigne d’un événement, et la composition de l’image révèle l’esprit artistique du photographe. En effet, le photographe aurait pu choisir de plus rogner l’image sur l’ours, pour que l’on puisse le voir plus détaillé. Mais il ne l’a pas fait. Pourquoi? Au milieu d’un vaste paysage d’icebergs se trouve un ours polaire. Il paraît relativement petit, même perdu dans cet étendu de glace sans fin. Il regarde à droite, comme s’il cherchait quelqu’un. Parmi tous les icebergs à moitié fondu, c’est seulement le sien qui est parsemé d’empreintes. L’eau commence à monter sur les banquises. Le spectateur n’a plus aucun doute: l’ours est seul, naufragé sur un bateau coulant. La culpabilité l'envahit, il sait que la situation pitoyable de l’ours a été provoquée par l’Homme. Avec un peu de chance, cette culpabilité va pousser le spectateur à prendre action. 

Un autre élément  considéré par le photographe est son sujet: il n’a pas choisi de photographier les ours polaires pour rien. Outre le fait que les ours polaires sont devenus le principal symbole du réchauffement climatique, beaucoup de gens ont des sentiments très forts à propos des ours polaires. C’est en montrant la vulnérabilité d’une espèce que tant de personnes aiment qu’il espère voire une prise de conscience.

Cette oeuvre d’art, a valu à Liodden le prestigieux titre de Wildlife photographer of the year (pour la catégorie Animaux dans leur environnement) en 2012. 

Pour d’autres fabuleuse photos prise par Liodden: Print Gallery Ole J Liodden (oleliodden.com)

La fresque de Gentilly

Le procès des viols de Mazan secoue la France depuis quelques mois au vu de son atrocité et de sa barbarie. Cette affaire ravive ainsi les débats gravitant autour des violences systémiques faites aux femmes, du consentement et de la culture du viol. Ce crime monstrueux permet aux actrices et acteurs de la cause féministe de prendre la parole pour militer, et aux artistes de nous offrir des productions pour diffuser ce combat. Parmi ces créations engagées, nous pouvons retrouver celle de Maca à Gentilly, dans le Val-de-Marne, qui montre son soutien inconditionnel à Gisèle Pélicot, la victime.

Qu’est-ce que l’affaire des viols de Mazan ?

Les viols de Mazan désignent l’instrumentalisation dont a été victime Gisèle Pélicot, soumise chimiquement par Dominique Pélicot, son mari. À la suite de  son interpellation après avoir filmé sous les jupes de femmes dans un supermarché, le commissariat saisira son ordinateur, où il trouvera dans un dossier nommé “ABUS” des centaines de photos et vidéos aux titres explicites montrant sa femme subissant des violences sexuelles, et parfois sa fille dénudée. Ainsi, entre 2011 et 2020, 92 faits de viols ont été reconnus. Dominique Pélicot proposait à des hommes sur un site de rencontre de violer sa femme, inconsciente, car sous l’effet d’anxiolytiques puissants. Sur une centaine d’hommes concernés, seuls 51 d’entre eux ont été identifiés, et 49 poursuivis en justice. Le procès s’ouvre le 2 septembre 2024, 10 jours après le divorce officiel de Gisèle et Dominique Pélicot. 

À quoi ressemble l’engagement dans cette œuvre ?

Ce graffiti, forme d’art de rue populaire, mais souvent contestée, dépeint le portrait de Gisèle Pélicot, avec des lunettes ressemblant au cosmos et un fond fumeux. Cette illustration de la survivante montre en quoi elle n’était pas en pleine possession de ses moyens à cause des drogues administrées, et donc non consentante. 

Associée au slogan “Pour que la honte change 2 camp”, cette fresque dénonce les critiques adressées aux victimes de violences sexuelles, et non aux prédateurs, ayant pour but de susciter la honte chez elles et de diminuer les actes des autres.

Que dénonce la fresque de Maca à Gentilly ? 

Maca a fait un triste constat : “Les évolutions de loi se font souvent après une affaire de grande ampleur”, en faisant référence à “La Meute” d’Espagne en 2019. Elle espère ainsi que, par le biais de cette affaire de viols documentés  de manière inédite avec de nombreuses preuves, la législation autour du consentement évolue et que “la honte change 2 camp”. Cette accroche sont les mots mêmes de Gisèle Pélicot, qui a insisté pour que le procès reste accessible au public (et donc pas de huis clos), soutenue par sa défense. Pour l'avocat de Gisèle Pélicot, si l'on souhaite changer la société “il faut qu’on ait le courage de se confronter à ce qu’est véritablement le viol, dans un dossier, justement, où il est exceptionnel d’avoir la représentation précise et réelle de ce qu’est un viol, et pas simplement une description sur un procès-verbal”. 

Quels sont les enjeux  pour la démocratie ? 

Ainsi, en essayant de raviver le débat public sur la notion de consentement, la lanceuse d’alerte Maca espère que le paradigme de pensée collectif sur cette problématique va entraîner une révision des lois pour qu'elles soient plus justes et plus protectrices des victimes, comme l’a réussi la campagne #MeToo #BalanceTonPorc. Car si la moitié de la population est sous-représentée au sein du gouvernement, ce qui résulte en une sous-protection face à des violences discriminatoires et récurrentes, peut-on réellement parler de souveraineté démocratique ?

Témoignage de l'artiste

 

La Haine( Mathieu Kasovitz ): un chef d’oeuvre intemporel 

 

La Haine (1995), réalisé par Mathieu Kassovitz, est un film qui raconte 24 heures dans la vie de trois jeunes issus des banlieues parisiennes : Vinz, Hubert et Saïd. Après une nuit d'émeutes, ils naviguent à travers la violence, la peur et la frustration, tandis qu'ils font face à l'autorité policière, à l'hostilité sociale et à la dégradation de leur environnement. Le film aborde la brutalité policière, les inégalités sociales et la marginalisation des jeunes des quartiers populaires, en mettant en lumière l'escalade de la violence et la désillusion. 

La Haine entre ainsi dans le thème de l'art et de l'engagement politique en tant que véhicule de critique sociale et politique. Par son réalisme brut et son style documentaire, il dénonce la violence systémique et l'injustice sociale, tout en invitant le spectateur à réfléchir sur les conséquences de l'exclusion et de la répression. Kassovitz utilise l'art cinématographique comme un moyen d'alerter sur les fractures sociales et de dénoncer l'inaction face à ces problématiques, ce qui en fait un manifeste politique puissant contre les injustices sociales et raciales.

Melanie Rodrigues Petrov, Ter 1

 

“Crossing the Swamp”- Jon McNaughton

A la suite de l’élection américaine, Trump fait la une des journaux. Bien que son succès inspire chez les démocrates la détresse et le désespoir, les trumpistes ne manquent pas d’exprimer leur joie intense face à son élection. Jetons un coup d’œil au tableau contemporain nommé « crossing the swamp », un tableau inspiré par une des plus célèbres toiles glorifiant l’esprit américain.

Prise dans une eau boueuse, une barque lestée de treize personnes en tenues camouflées s’avance dans un marécage crépusculaire. On devine, derrière, le Congrès noyé dans une épaisse brume. L’œil se raccroche à une petite touche de couleur orangée, soit une lanterne tenue par Donald Trump, « le sauveur de l’Amérique ».

On doit cette toile à l’artiste trumpiste Jon McNaughton (né en 1965), qui cite en 2018 une des peintures d’histoire les plus célèbres des États-Unis : « Washington traversant le Delaware » – un tableau de 1851 de l’Américain d’origine allemande Emanuel Leutze. Au côté du président, dans un style mi-réaliste mi-impressionniste, on trouve la garde rapprochée : de gauche à droite, Nikki Haley, James Mattis, Ben Carson, Jeff Sessions, Mike Pence, Melania Trump, Mike Pompeo, Sarah Sanders, Ivanka Trump, John Bolton, Kellyanne Conway et John Kelly. ( qui peuvent tous êtres interpretés comme des sauveurs des Etats Unis comme le souligne la devise « make America great again ! »)

Melanie Rodrigues Petrov, Ter 1

Le réalisme de Courbet. De la démocratie dans l’art à l’anarchie

De la démocratie dans l’art à l’anarchie" explore l’œuvre du peintre Gustave Courbet, figure majeure du mouvement réaliste au XIXe siècle, en mettant en lumière la façon dont son travail engage des réflexions profondes sur la politique, la démocratie et l'anarchie. L’auteur examine comment Courbet, à travers sa peinture, a non seulement rompu avec les conventions esthétiques de son époque, mais a aussi incarné un projet politique qui visait à démocratiser l’art et à le rendre accessible à tous. 

Courbet, en choisissant de peindre des scènes de la vie quotidienne, des travailleurs et des marginalisés, a proposé une vision du monde qui se rapprochait de l'anarchie en ce qu’elle rejetait l’autorité et les hiérarchies traditionnelles. 

L'article met ainsi en évidence la tension entre la volonté de l'artiste de défendre une vision démocratique de l'art – accessible et égalitaire – et sa critique radicale des structures sociales et politiques existantes, qu’il percevait comme injustes et oppressives. L'œuvre de Courbet représente non seulement un manifeste esthétique, mais aussi comme une forme de protestation contre l'ordre établi, qui l’a conduit à s’impliquer politiquement, notamment lors de la Commune de Paris. Ainsi, cet article démontre comment Courbet a incarné à la fois une forme de démocratie dans l’art et une vision subversive de la société qui frôle l'anarchie.

Melanie Rodrigues Petrov, Ter 1

Lien vers l'article

Affiche de anti-propagande chinoise

Pouvant paraître polémique de nos jours, cette œuvre est néanmoins produite lors d’un contexte historique particulier. Lors de l’arrivée de Mao Zedong en Chine, il lance une campagne de posters de propagande, promouvant le marxisme, le communisme et Mao Zedong lui-même. Il s’illustre comme une véritable image d’autorité, voire de culte 

Cette peinture est du peintre chinois avant-gardiste Zhang Hongtu qui va dans le sens contraire de des posters de propagande habituels. Dans “Le Dernier banquet" (1989) Zhang Hongtu, parodie de la "Cène", Jésus et ses disciples sont remplacés par Mao et ses proches collaborateurs. Il fait référence à la figure sacralisée de Mao, en la métaphorisant comme l’image du dieu dans le christianisme.

L’œuvre n’est pas popularisée car, d’une part, elle « parodie » un tableau sacrée d’une des religions les plus influentes de nos jours ; et d’autre part car elle se risque aux répercussions du gouvernement chinois, qui bien que plus laxiste sur la liberté d’expression, ne tolère pas tout type de représentation.

Loann Favero Leong Sang, Ter 1

NO WOMAN’S LAND 

L’EXPOSITION SUR L'IMPOSSIBLE VIE DES FEMMES ET DES FILLES EN AFGHANISTAN

L'exposition "No Woman's Land" à Paris, organisée par Amnesty International France, met en lumière les conditions de vie des femmes et des filles en Afghanistan depuis le retour des talibans au pouvoir.  Les talibans considèrent que la femme ne devrait pas exister dans l’espace public. Les photographies et témoignages de Kiana Hayeri et Mélissa Cornet documentent les restrictions sévères imposées par les talibans, telles que l'interdiction d'accès à l'éducation, au travail et aux espaces publics . L'exposition montre également la résilience et la détermination des femmes afghanes, qui continuent de lutter pour leurs droits malgré les dangers.

Dans cette exposition nous retrouvons: Témoignages, photos, dessins, vidéos, aquarelles et autres 

Cette exposition a une approche humaine, sensible et intime, qui permet de rentrer dans le quotidien de ces femmes à qui tout est interdit. 

Zoé Prohom-Pianalto

Gladiator, Ridley Scott (2000)

Ce grand classique sorti en 2000 revient cette année, ce mois, même avec sa suite: Gladiator. C’était un film monumental, récompensé de cinq oscars, avec des acteurs d’une renommée fabuleuse – de nombreuses personnes attendent avec impatience sa sortie dans les cinémas. Mais qu’est-ce que ce long-métrage historique peut nous apprendre sur la démocratie? Que peut-il nous apprendre sur l’absence de démocratie? 

Selon Marc Aurèle, qui figure dans cette œuvre cinématographique comme un philosophe plus qu’un empereur, Rome ne devrait plus appartenir à un seul homme. Lorsqu'il doit choisir sa descendance, il opte pour Maximus, un général, plutôt que pour son propre fils. Pourquoi? Maximus ne veut pas du pouvoir. Commodus, son fils, meurt d’envie de diriger l’empire de son père. (SPOILER ALERT: Il en meurt tellement d’envie qu’il finit par opter pour le parricide…) 

Marc Aurèle veut que le pouvoir revienne au Sénat et à la population, il ne veut pas que l’on se souvienne de lui comme un tyran. Maximus veut retrouver une vie simple, dans les champs, avec sa femme et son fils. Ce qui est intéressant, d’après le film, seul celui qui ne veut pas de pouvoir devrait le porter. 

Est ce que cela devrait être comme ça partout? Peut-être que c’est la seule manière d’éviter une dictature: ne donner le pouvoir qu’à ceux qui n’en veulent pas, car quiconque est prêt à se battre corps et âme contre son semblable/opposant politique pour le pouvoir ne se bat pas pour le peuple, mais pour lui-même. 

Ainsi, le film Gladiator nous permet d’analyser notre propre démocratie aujourd'hui: la politique dans de nombreux pays est devenue, ou a toujours été, comme un jeu de gladiateurs dans l’arène, et comment pouvons nous placer notre confiance dans des êtres qui ne peuvent que combattre, tuer, et pas dialoguer? 

Marjane Alsterlind

Cartooning For Peace

La liberté d’expression est un des concepts pilier de la démocratie, permettant aux populations d'avoir leurs propres points de vue, opinions politiques, et leur permettre de l’exprimer et sans risque. C’est pour cela que celle-ci est très rapidement ciblé dans des contextes de guerres ou de dictatures, soit par le biais de la censure, ou bien en se servant des outils de communication pour manipuler les populations. Cela a notamment été le cas au sein de la dictature allemande au cours des années 1930-40, quand Hitler était au pouvoir, par l’utilisation de propagande et l’utilisation de police secrète politique, mais cela existe encore aujourd’hui.

Cartooning For Peace, qui est une organisation internationale utilisant le dessin comme moyen de communication, fait de la défense de la liberté d’expression son objectif principal. Par l’art, ce collectif de plus de 280 dessinateurs souhaite mettre en avant la diversité culturelle et individuelle existante dans le monde en traitant un très grand nombre de sujets sociétaux tels que la politique, la religion, l’écologie, le droit, et bien d’autres. L'organisation affirme par ailleurs, par l'intermédiaire de ses très nombreux artistes membres de l’organisation ainsi qu'en étant indépendantes de toute autre organisation ou gouvernement, vouloir exprimer la plus grande diversité possible d’opinions afin de ne prendre aucun parti, car ce n’est en aucun cas son but.
Au contraire, elle souhaite sensibiliser son public par le sourire grâce au dessin, moyen d’expression étant à la fois accessible à tous comme compréhensible par tous, et donc aussi par les enfants. Le collectif essaie d’ailleurs, par des interventions auprès d'enseignants et d’étudiants de toucher le plus de monde possible, le plus tôt possible, ainsi que de toucher directement les professions ayant une grande influence sur les futures générations et ayant donc elles-même un grand pouvoir de sensibilisation. En effet, les évènements des dernières années comme le meurtre de Samuel Paty nous ont rappelé à quel point la nécessité de défense et de compréhension de la liberté d’expression était importante car celles-ci sont extrêmement fragiles.
Cartooning For Peace cherche en permanence à améliorer et diversifier les sujets traités ainsi que la richesse des points de vue qui y sont associés, tout en ayant pour objectif de n’offenser personne, mais plutôt de dénoncer et surtout permettre l’échange par la caricature.
Aujourd'hui, la lutte pour la défense des droits humains n’est pas finie et ne le sera très probablement jamais, mais pour autant elle essentielle pour que la liberté soit toujours plus juste et plus répandue dans le monde, mais aussi pour que ceux qui ont ces droits ne les perdent pas.

 Anae Jouanet Wymans

Adolescence (2025)

Selon la police de Guernesey (Royaume-Uni), la série à succès Netflix, Adolescence, a beaucoup à nous apprendre. Les spécialistes affirment que cette série a mis en lumière l'impact de la « manosphère », de la rage masculine et des influences misogynes en ligne sur la santé mentale des jeunes hommes. La série raconte l'histoire de Jamie, un garçon de 13 ans arrêté pour avoir tué une camarade de classe. Elle montre l'impact des réseaux sociaux et des influenceurs sexistes sur certains garçons. La série a été diffusée sur Netflix au moment même où l'on apprenait que le tueur Kyle Clifford avait recherché des podcasts misogynes en ligne et regardé des vidéos d'Andrew Tate quelques heures avant d'assassiner trois femmes de la famille Hunt. Cela nous montre que la série n'est pas très éloignée de la réalité et que les influenceurs et les réseaux sociaux jouent un rôle très important dans l'éducation des enfants.

Outre le message fort qu'elle véhicule, cette série a gagné en popularité grâce à sa cinématographie unique. Chacun des quatre épisodes d'une heure est réalisé en une seule prise, sans coupures ni montages. Cette façon innovante de filmer une scène crée un sentiment de tension et de nervosité à mesure que l'histoire et les intentions de Jamie se dévoilent.

Estelle Schouller

Littérature

Etienne de la boétie - Discours de la servitude volontaire 

Comme il se peut faire que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n’a puissance que celle qu’ils lui donnent” : voici la question troublante que se pose Étienne de la Boétie dans son oeuvre Discours de la servitude volontaire

Cet ouvrage écrit en 1576 alors que l’auteur n’a qu’entre 16 et 18 ans, est une réflexion sur l’époque à laquelle il vit, marquée par un renforcement du pouvoir monarchique. Celle-ci peut toutefois se refléter tout aussi bien au monde dans lequel nous sommes actuellement. Étonnant par sa profondeur, alors qu’il a été écrit par un jeune homme, ce texte invite le lecteur à réfléchir à une simple question : “Pourquoi obéit-on ?”.

À travers cet ouvrage, le lecteur découvrira toute l’étendue de la pensée de La Boétie sur le sujet, du problème énoncé au début jusqu'à sa résolution finale dans laquelle il proposera un moyen de sortir de la servitude.

“Sois jeune et tais toi” 

 

Salomé Saqué, journaliste engagée pour la justice sociale, l’urgence climatique et les sujets économiques, se penche sur la question de la jeunesse française, son abstention croissante aux élections, le désintérêt des politique à leur sujet et leur manque désespéré de confiance en l'avenir, dans son livre Sois jeune et tais toi. En s’appuyant sur des recherches quantitatives mais également qualitatives, elle dénonce le manque des prise en compte des jeunes qui subissent le chômage malgré leurs nombreux diplômes, sont invisibilisés dans les discours politique et, par dessus tout, enfermés de le stéréotype du jeune flemmard, inculte et incompétant. Pourtant leur rôle est crucial pour nos démocraties puisqu’ils représentent peu à peu la génération centrale, votante et malgré tout complètement délaissée… Que faire quand un jeune adulte vous dit qu’il est incapable de se projetter à plus d’une semaine ? Salomé Saqué et tous les concernés interrogés le racontent, se racontent dans cette étude provocatrice. 

 

Sois jeune et tais-toi | Payot

 

Alice Thomas, Ter 2

Antigone

“Antigone" de Jean Anouilh est une œuvre théâtrale qui revisite le mythe antique avec une pertinence contemporaine. L'auteur, en adaptant la tragédie grecque classique d'Antigone, parvient à évoquer des questions éternelles sur la morale, la loyauté et surtout sur la résistance face à l'autorité.

La pièce tourne autour d’Antigone, la fille d'Œdipe, qui décide de défier l'édit du roi Créon interdisant l'enterrement de son frère Polynice. Sa personnalité est résolue et déterminée, incarnant la résistance individuelle face à des lois injustes et à une oppression politique. Elle choisit de suivre ses morales, de faire ce qu’elle pense être juste plutôt que de se laisser guider, de suivre aveuglément son gouvernement. Cette perspective peut être interprétée comme une critique du conformisme aveugle aux ordres gouvernementaux et un appel à la responsabilité personnelle de chacun. Ce refus de sacrifier ses principes pour la volonté du roi Créon crée un conflit qui souligne la tension entre la loyauté envers l'État et la loyauté envers des principes plus élevés.

Le personnage de Créon, lui, en tant que représentant du pouvoir en place, incarne la figure autoritaire, la politique pragmatique et l'ordre social. On peut le voir comme une dénonciation des dirigeants politiques qui privilégient la stabilité et l'ordre au détriment de la justice morale. 

L'esthétique minimaliste de la pièce, avec peu de décors et un nombre limité de personnages, accentue l'intensité émotionnelle et met en lumière la force des dialogues, jouant avec les dialogues qui illustrent les dilemmes moraux complexes auxquels sont confrontés les personnages et ajoutant une dimension psychologique à la pièce. L'utilisation du chœur, un élément classique du théâtre grec, ajoute une couche de commentaires et de réflexions sur les événements, offrant une perspective collective sur les choix individuels. C’est une méthode très appréciée lors des adaptations des mythe qu’on retrouve par exemple dans Electres des bas fonds de Simon Abkarian et dans La machine infernale de Jean Cocteau. 

La pièce est donc profondément liée à la politique, aussi car elle sert comme une allégorie de la période pendant laquelle Anouilh l'a écrite, la Seconde Guerre mondiale, durant l'occupation nazie en France.

En conclusion, on pourrait dire que l’auteur, avec son écriture subtile qui porte à réflexion, combiné à des performances fortes et prenantes, fait de cette adaptation une expérience théâtrale mémorable et intellectuellement stimulante. Ainsi, "Antigone" sert de miroir à la société contemporaine, invitant les spectateurs à réfléchir sur les implications politiques de leurs propres actions et choix moraux.

Elisa Santoni

La tyrannie de la communication - Ignacio Ramon

En quoi pouvons nous réellement faire confiance ? “La tyrannie de la communication”, nous offre l’analyse de Ignacio Ramon sur comment les médias et la communication de masse peuvent influencer la démocratie, en mettant en évidence les dangers de la désinformation et de la manipulation de l'opinion publique en milieu démocratique ou non.

Ignacio Ramonet est un sémiologue( l'étude des signes et symboles) du cinéma et journaliste espagnol. Il est le père de Tancrède Ramonet (documentariste, réalisateur, producteur et scénariste).

Ancien directeur du mensuel Le Monde diplomatique, il est actuellement directeur de l'édition espagnole du Monde diplomatique et président de l'Association Mémoire des luttes (hommage à un survivant de la shoah).

Mort accidentelle d’un anarchiste -Dario Fo

En Italie, durant les années de plomb, on y voit de nombreux attentats, presque des tragédies. Suite aux attentats à la banque de l’agriculture à Milan en 1969 et l’assassinat de Giuseppe Pinelli. Dario Fo, en collaboration avec sa femme, écrit une pièce de théatre satirique qui exprime les inchoérences de l’état entre le début des années ‘60 jusqu’au début des années ‘80.
Dans Mort accidentelle d’un anarchiste, on se retrouve dans un commissariat où un anarchiste est tombé du quatrième étage. La conclusion de l'enquête mène à un suicide. Quelques semaines plus tard, un fou est interrogé dans le même commissariat. Tout le long de la pièce, le fou se fait passer pour plusieurs personnages: un juge à la cour de cassation, capitaine de police, évêque. Tout au long de la pièce il démonte les arguments sur l'enquête de ce "suicide" pour expliquer la chute de l'anarchiste. 

Charlie Hebdo : 50 ans de liberté d’expression

Qu’est que la liberté d’expression ?
Nous pouvons tous apporter notre propre définition à travers la liberté de la presse, liberté de spectacles... Cependant son pouvoir est bien plus grand que ce que nous pouvons imaginer. Et nous pouvons dire que c’est quelque chose que Charlie Hebdo avait bien compris et l’a su exploiter à bonne escient, pour que nous puissions toujours être éclairés à travers la satire et les caricatures et voir la réalité d’une autre façon. Une façon que nul autre journal n’aurait le courage de nous proposer. 
Ils se sont battus pour pouvoir publier toutes les semaines des caricatures sur tous thèmes comme la politique ou la religion. Après un demi siècle de combat contre la censure, des menaces de mort et des procès. Leur combat ne s'est jamais arrêté, c’est ce de quoi parle ce livre : Charlie Hebdo : 50 ans de liberté d’expression publié le 1er octobre 2020  par l’ édition les Echappés. Malgré tous les événements traumatisants comme les incendies des locaux, les attentats, et les tueries, ils n’ont jamais abandonné; et c'est un combat qui n’est pas prêt de s'arrêter comme l’actualité le montre. En effet comme les événements qui ont conduit à la mort de Samuel Patty, un professeur mort pour la liberté d’expression21. Grâce à la lecture de ce livre vif en expérience nous retrouverons toute son histoire et sa création.

Pierre Rosanvallon - Le siècle du populisme: histoire, théorie, critique - publié par Seuil:

Cet ouvrage propose une réflexion sur la notion de “Populisme” comme l’idéologie ascendante du XXIe siècle, à travers une approche à la fois historique, théorique et critique.
À travers ce livre, il est possible de comprendre le phénomène du populisme en lui-même, comme une idéologie cohérente qui offre une vision puissante et attractive de la démocratie, de la société et de l’économie. Ainsi, il retrace ses mutations du
point de vue anatomique et généalogique et donne une théorie politique du populisme.
Un projet autant intellectuel que politique pour permettre d’en finir avec les stigmatisations impuissantes vis-à-vis du populisme et dessiner des alternatives.
Une lecture approfondie et argumentée à faire pour comprendre en détail notre société et modernité démocratique depuis le début des années 2000.

Rhinocéros, Eugène Ionesco - mise en scène: Sébastien Gérard

Autour de Bérenger les gens se sont peu à peu transformés en rhinocéros. Il est maintenant le dernier être humain à ne pas s’être métamorphosé en pachyderme à cause de la “rhinocérite”, maladie qui effraie tous les habitants d'une ville. Il a peur de devenir lui aussi rhinocéros, mais il essaie à tout prix de résister et de rester un être humain. 
Cette allégorie de la montée du fascisme apporte une réflexion quant à la passivité humaine et sa disposition à voir venir le pire sans jamais s'y opposer.
Cette pièce théâtrale est parue pour la première fois en 1959, mais encore aujourd’hui, elle continue à être une œuvre emblématique du théâtre de l’absurde: elle permet de comprendre l’ascension des totalitarismes d’une manière particulière et unique. Ionesco dénonce, ainsi, l’ensemble des régimes totalitaires, incarné par la rhinocérite, et l’attitude passive des gens face à la domination, en abordant les thèmes du conformisme et de la résistance au pouvoir politique mis en place de manière illégitime.

“Xénophobie et l'indexation du présent : essai” , Adrian Piper

Une société sans inégalité est-ce possible ? Une question que se pose l’artiste engagée, Adrian Piper dans un extrait de son essai “Xénophobie et l'indexation du présent 1 : essai”. Elle imagine alors un monde idéal où le racisme, le sexisme, la xénophobie n’existent pas, un monde idéal où le pouvoir n’est pas utilisé à mauvais escient. Cependant, en décrivant cette société, elle fait apparaître une nouvelle question, son art s’inspire des inégalités pour lutter contre elle, alors quel type d’art ferait-elle dans ce monde idéal. Ainsi, nous pouvons nous demander si la société doit être pervertie, mauvaise et inégale pour faire apparaître la création artistique ? Car dans un monde idéal aucune revendication ni polémique ne pourrait être exprimée.  

Adrian Piper est l’une des premières artistes,vers la fin du XXème siècle, à lier le social et la politique avec l’art. Ainsi, elle reformule les règles de l’art pour que cet art contemporain se confronte aux cadres politiques.

ART DE LA SCÈNE 09/11 : Cinéma, danse

Nous vous proposons cette semaine d’entrer dans le monde de la littérature avec un livre qui nous permet de réfléchir sur l’impact que la pandémie du Covid 19 a sur les démocraties.

Intitulé “De la Démocratie à la pandémie”, écrit par Barbara Stiegler, ce livre est plus que jamais d’actualité. Il nous permet de comprendre et surtout de construire une réflexion personnelle sur les enjeux de cette crise. La philosophe met en lumière le démantèlement des systèmes de santé comme facteur aggravant d’une pandémie qui menace la culture démocratique. L’auteure traite cette question autour de trois grands axes, la santé, la recherche et l’éducation avec la collaboration de 14 chercheurs, enseignants et soignants.

Nous vous invitons fortement à vous plonger dans la lecture de ce livre ou pour les plus réticents à aller visionner la présentation de Barbara Stiegler de son livre.

DEMOCRACY’S WORST ENEMY — James Goldie, published in May 2024:

A delicious play full of wonderful and new ideas. Democracy's Worst Enemy was published in May 2024 by a then student of the International School of Manosque, James Goldie, within the framework of his Connaissance du Monde project. 

It depicts the life and struggles of John, an Englishman striving to keep believing in democracy. It all begins when John cuts his hand out of anger against absenteeism on the telly. The family takes a vote to decide if they should use their savings to help the father. 3 against 1. He loses. John is struck by the realization that his own children do not care for his health. The character falls into a period of profound despair. 

That is until his friend Charlie comes over for a cup of tea. Together, they dig back to the very core of Democracy. Consensus. Imperfection. Egoism.  

"This play's objective was to explore a more fundamental approach when criticizing our political institutions, so that the wider public starts questioning the relevance of the imperfect democracies which shape our society." - James Goldie, playwright 

With images like tea in a pan, a broken window, an old light bulb, a rocketship and a fetus… James Goldie gives the reader the means of questioning good and evil, the just and the unjust. More importantly, the difference between faith in an invisible force and hope, optimism for a palpable entity.

It seems that, to overcome this imperfect political system, the “best of the worse” according to Ex-Prime Minister Winston Churchill, one has to extract himself from narcissism, to find altruism inside their hearts. 

“What about me” shouldn't be our motto. It ought to look more like some sort of: “What about us, what about them?”, compromise and mutual understanding being the true heart of democracy.

I personally recommend reading this play, which I have already done three times. It sparked a period of personal growth and allowed me to go on a quest in search of my own “faith in humanity and truth in democracy”. 

Marjane Alsterlind

La Ferme des Animaux - George Orwell

La ferme des animaux est  un roman de fiction politique écrit par Georges Orwell et paru en 1945. L’auteur reprend de façon parodique des éléments de l’histoire de l’URSS, de la Révolution d’octobre aux Grandes Purges. Certains personnages sont des références directes:  le cochon Napoléon pour Staline, Boule de Neige pour Trotsky, et Malabar, symbole du stakhanovisme.

Ce livre pour enfant permet d’illustrer les dangers d’un régime totalitaire. C'est-à-dire de l’absence de démocratie, de la concentration des pouvoirs et de l’absence de libertés. Mais de façon plus générale l’auteur dénonce la passivité des masses, qui peuvent se montrer très dociles, oublieuses qui se désintéressent du pouvoir politique que ce soit dans le cadre de dictatures ou de démocraties. L’abstentionnisme est témoin d’une certaine indifférence pour ce qui se passe “ en haut”. Encore aujourd'hui certaines populations ne se rebellent pas malgré des Etats aux tendances de plus en plus autoritaires et privatives de droits. 

Le message du livre consiste à dire  que la nature de l’être l’emporte sur l’idéologie, n’importe laquelle. Que l’on soit cochon ou humain, dès qu’on dispose du pouvoir, on en abuse, en dépit de toutes les déclarations d’intention. En démocratie, le pouvoir exerce la même fascination et entraîne les mêmes conséquences, la différence étant l’existence de contre-pouvoirs.

Ce livre nous permet de nous interroger sur les totalitarismes passés et les démocraties modernes  dans le cadre léger et enfantin de la fable avec des animaux qui parlent. 

Zoé Prohom Pianalto

Home Fire by Kamila Shamsie

“The ones we love are enemies of the state” - Antigone

Taken from the myth of Antigone, written by Sophocles, this line echoes perfectly what happens in Home Fire. And it is to no surprise, as Home Fire is a modern rewriting of the myth. Originally meant to be a play, Kamila Shamsie, the author, decided the most effective way to convey the story was with a five act novel. 

Born in Karachi and raised in London, Kamila Shamsie was able to earn British citizenship. This made her confident enough to write Home Fire, as it is easier to criticise a state you are a part of.

The story of Home Fire revolves around Isma, Parvaiz and Aneeka, three siblings, children of a jihadi father. With dead parents, their life wasn’t easy, especially with their fathers shadow looming above them. But despite knowing the fate of their father, Parvaiz decided to follow in his footsteps and go to the Caliphate, where he was promised a place to belong, that accepted him with open arms. 

When we read the book, we read the point of view of Parvaiz. We learn of his heartbreak when he discovers the Caliphate is just how the media depicted it: a sugar coated lie. But he is unable to come back home. The state and his older sister, Isma, have forsaken him, he has no home anymore. 

We are shown how media and the government manipulate reality, and don’t even try to discover the truth. Parvaiz and Aneeka are portrayed as monsters, traitors to the state and terrorists. But we, readers, know what actually happened. 

The novel, among its main themes of belonging and stereotypes, make us reflect on how the government and media manipulate reality. This leads to a much broader question: can we trust our governments? Home Fire doesn’t give answers. It is made to make the reader uncomfortable, to make it question their beliefs. Perhaps behind every story of “British Muslims” who are accused of crimes and terrorism, is a Brit who just wished to have a place to belong without facing prejudice of a government and country that supposedly wants the best for its citizens.

Alexandra Faure

Les Couilles sur la Table – Victoire Tuaillon

Selon Abraham Lincoln, la démocratie est “le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple”. C’est exactement cette notion que vient détruire Victoire Tuaillon dans son ouvrage “Les Couilles sur la Table”, publié en 2019. 

En effet, un régime politique fait par et pour tout le monde impliquerait une égalité parfaite entre les composants de la société. Hors, nous ne sommes pas égaux. D’après Victoire Tuaillon, “les villes sont faites par les hommes, pour répondre à leurs propres besoins et désirs”. Toilettes et autres lieux publics, transports en commun, médicaments, ceintures de sécurité et airbags dans les voitures… Le modèle principal de nos sociétés patriarcales est masculin, le monde n’est pas fait pour les femmes, les enfants, les personnes âgées ou handicapées.

Il s’agirait de changer cela en instaurant ce que l’on appelle de l’urbanisme féministe. (Qui aurait également un impact positif sur l’environnement, c’est ce que Tuaillon appelle “l’éco-féminisme”.)

Victoire Tuaillon remet en question les fondements de notre démocratie française: Liberté, Égalité et Fraternité. Notre liberté dépend de nos apparences et physiologie, ce qui nous empêche d’être égaux. En ce qui concerne la fraternité, elle exclut définitivement les femmes. 

L’autrice ne s’attarde pas à critiquer les hommes, elle émet de nombreux torts qui leur sont faits. En fait, Tuaillon essaie d’établir l’inutilité du “genre”, qui est en fait l’un des fondements de l’échec de nos démocraties.    

Tuaillon termine son livre en beauté en nous laissant de l’espoir pour un monde meilleur. Mais ça, je vous laisse le découvrir par vous-mêmes.

Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire un roman, même s’il est plutôt court, Victoire Tuaillon a également fait d'excellents podcasts du même nom à retrouver sur différentes plateformes. (Ou en suivant le lien ci-contre: https://www.youtube.com/@lescouillessurlatable)

Marjane Alsterlind

Émile Zola: “J’accuse”

Émile Zola est un écrivain et journaliste français né en 1840, qui est devenu célèbre pour ses romans et son engagement politique. Fils d'un ingénieur, Zola a grandi dans un contexte “modeste”, où il a développé très tôt une sensibilité envers les injustices sociales. Il est connu pour sa série de romans Les Rougon-Macquart”, où il parle de la société française à la fin du XIXe siècle, en dénonçant les conditions de vie difficiles des classes populaires.

Zola était “un défenseur de la justice et de la vérité”. Il  a montré ces qualités dans l’article “J’accuse”, publié en 1898 dans le journal “L’Aurore”. Ce texte est une lettre ouverte adressée au Président français, dans laquelle Zola dénonce l'injustice de l’affaire Dreyfus. Alfred Dreyfus est un officier de l’armée française qui avait été accusé à tort d’espionnage et condamné à la prison en raison de son origine juive. En écrivant “J’accuse”, Zola prend position contre l’antisémitisme qui dominait en France à l'époque et, accuse, comme le nom de l’article le montre, les erreurs et les manipulations de l'armée et de la justice.

Dans son texte, Zola accuse des officiers et des responsables militaires d’avoir caché des preuves de l’innocence de Dreyfus, en manipulant le système judiciaire pour protéger leur réputation. “J’accuse” est considéré aujourd’hui comme un acte de courage politique.

Zola savait qu’il risquait d’être condamné pour “diffamation”, mais il tenait à défendre la vérité et l'honneur de Dreyfus. En plus, ses accusations l’amènent à un procès et une condamnation à la prison, le forçant à s’exiler en Angleterre pendant un an. 

Grâce à son engagement politique, Émile Zola a joué un rôle important dans l’affaire Dreyfus.

Encore aujourd’hui, “J’accuse” reste un symbole de la lutte pour la justice, en montrant que les écrivains et journalistes peuvent jouer un rôle essentiel dans le combat contre les injustices.

Michele Giacomoni

Art Vivant

Outils et automatismes pour une société plus consciente 

 

Que faire quand les politiques parlent et que les citoyens acquiescent sans rétorquer ? C’est la question que s’est posée Alexis Bellas (assisté de Nathan Aubineau) en créant l’esprit critique, un moyen de donner à tous les outils pour comprendre, analyser, et interpréter correctement les discours politiques mais aussi plus généralement, les débats, conversations ou productions culturelles de notre société. Associer ludique et apprentissage a été leur objectif durant la création de ce parcours (avec diplôme à la clé) pour ne pas croire sans remise en questions aux apparences et réussir à discerner les arguments fondés ou complètement erronés. Ce parcours en ligne d'autoformation est disponible pour les particuliers mais aussi les lycées et autres structures qui veulent développer leur esprit critique, automatisme indispensable au bon fonctionnement d’une démocratie. 

 

Lien

 

Alice Thomas, Ter 2

Diego, Michel Berger

Le thème de la "presse, liberté d’opinion et liberté d’expression" trouve un écho dans la chanson "Diego libre dans sa tête" de Michel Berger. À travers le personnage de Diego, l’artiste explore la liberté intérieure et la résistance face aux normes sociales. Diego incarne un homme libre dans ses pensées, un symbole de l’expression individuelle dans un monde qui impose des contraintes extérieures: “Diego, libre dans sa tête”. La chanson évoque ainsi la lutte pour la liberté de penser et d’exprimer ses idées, un combat semblable à celui mené par la presse libre face aux pressions sociales ou politiques.

La presse, en tant qu’instrument de diffusion d’opinions, joue un rôle essentiel dans la protection de la liberté d’expression. De même, Diego, malgré les pressions qu’il subit, garde sa liberté intérieure, ce qui rappelle les enjeux de la liberté d'opinion face aux régimes autoritaires ou aux sociétés oppressives. La chanson peut donc être interprétée comme un appel à défendre cette liberté fondamentale, en résonance avec le rôle de la presse et des médias dans la défense de la parole libre et de la diversité des idées.

Chanson

 

Célestin Muller–Chatanay-B, Ter 2

Nina Simone et “Mississippi Goddam”

 

Lorsque Nina Simone compose Mississippi Goddam” en 1964, ce n’est pas une simple chanson de protestation : c’est un cri de rage, une arme artistique contre le racisme d’État aux États-Unis. Elle l’écrit après deux événements tragiques : l’attentat contre l’église de Birmingham, où quatre enfants furent tués, et l’assassinat du militant des droits civiques Medgar Evers. Sa voix, portée par des paroles directes ( « Alabama’s got me so upset / Tennessee made me lose my rest / And everybody knows about Mississippi Goddam » ) exprime la douleur mais aussi la détermination d’un peuple face à l’injustice.

L’œuvre choque, bouleverse et dérange : censurée dans plusieurs États du Sud, elle est pourtant reprise comme un hymne par le mouvement pour les droits civiques. En mêlant la puissance de la musique à la lutte politique, Nina Simone prouve que l’art n’est pas neutre : il peut dénoncer les violences, interpeller les institutions et réveiller les consciences. Avec cette chanson, elle transforme la scène en tribune, rappelant que la culture est aussi un champ de bataille pour la démocratie et l’égalité.

 

Lien vers la chanson 

 

Gomis Tanisha Term2

Ma liberté de penser

 

Dans "Ma liberté de penser", Florent Pagny défend l'idée que la liberté d'opinion et d'expression est essentielle à la démocratie. À travers ses paroles, il exprime son refus d’être influencé par les pressions extérieures, qu'elles proviennent des médias, des autorités ou de la société en général. Le refrain, "C'est ma liberté de penser" manifeste une volonté d’indépendance de la pensée. Le chanteur stipule que chaque individu doit avoir le droit de penser et de s’exprimer librement.

Il critique aussi la manière dont les médias, parfois, façonnent l'opinion publique en imposant des idées ou des points de vue dominants. Il dénonce le conformisme qui peut résulter de cette influence et appelle à une réflexion personnelle, loin des manipulations extérieures. Selon lui, la pensée libre ne doit pas être soumise à des pressions sociales ou politiques.

La chanson met en lumière l'importance de préserver cette liberté de penser dans un monde où l'opinion publique est souvent dirigée par des intérêts puissants. En défendant cette liberté, Florent Pagny rappelle que la diversité des opinions est une valeur fondamentale, indispensable pour une société ouverte et démocratique.

Ma liberté de penser

Célestin Muller Chatanay, Ter 2

Son bleu

Dans sa chanson "Son bleu", Renaud parle d’un homme simple, un ouvrier, qui a passé sa vie à travailler sans faire de bruit. Il porte toujours son bleu de travail, symbole de sa condition, de sa dure vie de labeur. À travers ce personnage, Renaud rend hommage à tous les travailleurs souvent oubliés, ceux qui ne font pas la une des journaux, mais sans qui la société ne fonctionnerait pas.

Cet ouvrier, c’est quelqu’un de discret, qui ne s’est jamais battu pour ses droits, qui n’a pas connu les syndicats ni les grandes luttes sociales. Pourtant, sa vie raconte beaucoup sur le monde du travail : la fatigue, les sacrifices, le manque de reconnaissance. Il ne s’est jamais plaint, mais il a beaucoup donné.La chanson parle aussi de la solitude des travailleurs, de leur manque de représentation. Comme cet ouvrier, beaucoup ne se sentent ni écoutés ni respectés, même après des années de travail. Cela fait écho aux débats sur le dialogue social et la place des salariés dans les décisions importantes.

"Son bleu" est donc une chanson touchante, pleine de tendresse et de respect. Elle nous rappelle que derrière chaque uniforme, il y a une personne, une histoire, une vie de travail. Comme le montre aussi le droit du travail, chaque salarié mérite qu’on protège ses droits et qu’on reconnaisse sa valeur. Renaud, sans discours compliqué, nous parle de justice sociale et d’humanité, à travers ce simple ouvrier qui, lui aussi, aurait mérité qu’on l’écoute un peu plus.

 

Son bleu 

 

Célestin Muller Chatanay

I have a dream - Marthin Lutherking

'I Have a Dream' est un discours emblématique prononcé par le révérend Dr. Martin Luther King Jr. le 28 août 1963, lors de la Marche sur Washington pour le travail et la liberté. Ce discours est devenu un symbole du mouvement des droits civiques aux États-Unis. Il incarne la lutte pour l'égalité raciale et la justice sociale. Martin Luther King Jr. était un pasteur baptiste et un leader du mouvement des droits civiques. Il était connu pour son éloquence, sa vision inspirante et son engagement inébranlable envers la non-violence. Son discours I Have a Dream est un exemple puissant de son talent oratoire et de sa capacité à mobiliser les masses autour d'une cause juste.

Dans ce discours, King décrit une vision audacieuse et optimiste de l'avenir, dans lequel les individus sont jugés non pas par la couleur de leur peau mais par leur caractère. Il appelle à la fin de la ségrégation raciale et à la réalisation de l'égalité des droits pour tous les citoyens américains. Sa rhétorique passionnée et ses métaphores évocatrices captivent l'auditoire et inspirent un sentiment d'espoir et de solidarité. Cependant, malgré son impact profond et sa portée historique, certaines critiques peuvent être soulevées à l'égard de son discours. Certains pourraient souligner que bien que le discours ait galvanisé le mouvement des droits civiques, de nombreuses injustices raciales persistent encore aujourd'hui, ce qui remet en question la réalisation complète de la vision de King. De plus, certains pourraient contester que le discours a été en partie récupéré et dépouillé de son radicalisme par des forces politiques et sociales qui cherchent à minimiser la lutte pour l'égalité raciale.

Malgré ces critiques potentielles, I Have a Dream demeure une œuvre emblématique qui continue de résonner avec des générations de personnes à travers le monde. Son appel à l'unité, à la justice et à la fraternité reste un modèle inspirant pour les luttes pour les droits civils et l'égalité aujourd'hui.

Julie Carron

Artistas Unidos : crise de la démocratie et art contestataire au Pérou

Depuis décembre 2022, le Pérou fait face à une crise politique, sociale et économique, marquée par des manifestations et une répression violente qui ont entraîné de nombreuses pertes humaines. Tout a commencé avec la détention controversée du président Pedro Castillo, déclenchant des protestations qui ont élargi leurs revendications au-delà de sa libération, incluant des appels à des élections anticipées et à des réformes politiques et économiques.

Les manifestations ont impliqué une diversité de participants, y compris des groupes jusque-là peu politisés, mobilisant des actions variées telles que des marches et des blocages. Les artistes ont joué un rôle crucial dans la mobilisation, créant le collectif "Artistas Unidos contra la Dictadura" pour sensibiliser et agir contre la répression.

À travers des interventions artistiques innovantes, telles que des performances, des peintures murales et des installations, les artistes ont cherché à donner une voix aux marginaux et à remettre en question les injustices. Ils ont notamment détourné des symboles traditionnels pour exprimer leur protestation de manière créative et symbolique.

Ces actions artistiques ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux, contournant la censure médiatique et contribuant à politiser la société civile. Les artistes ont également cherché à créer des espaces de dialogue et de réflexion sur l'avenir du Pérou, au-delà des institutions traditionnelles.
Bien que les manifestations se soient calmées, le travail des artistes continue de jouer un rôle essentiel dans la résistance contre les dérives autoritaires et dans la construction d'un nouveau pacte social. En utilisant l'art comme moyen de mobilisation politique, ces collectifs contribuent à façonner l'avenir démocratique du Pérou.

Nicola Rondinella

TaÏga et l’Affaire Tarnac

TaÏga est une œuvre théâtrale écrite par Aurianne Abécassis et mise en scène par Sébastien Valignat. C’est une comédie du réel, ce qui veut dire qu’elle est inspirée d’une histoire réelle, un fait divers français qui est devenue par la suite une affaire d’Etat: on l’appelle “L’affaire Tarnac”.

Cette affaire est à l’origine tout sauf comique: le 11 novembre 2008, Julien Coupat est arrêté par la police

antiterroriste avec huit, puis neuf autres personnes et mis en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur le sabotage de lignes de TGV du 8 novembre 2008. On aurait aperçu deux de ces personnes dans une voiture proche des lignes en question à la même date du crime. Mais le fin mot de l’histoire est qu’ils étaient accusés à tort. Cette injustice était apparemment motivée par le fait qu’ils avaient été entendus échanger des idées anarchistes et que cela leur avait valu, en avril 2008, une ouverture d’enquête préliminaire. Suite à ça la décision prise était d’établir une surveillance (illégale) du domicile de Julien Coupat à partir du 15 août 2008 et un placement sur écoute sauvage de l’épicerie de Tarnac. 

Cette pièce reprend le rapport fait par la police suite à l'investigation; seulement, on s'aperçoit vite qu'il n'est pas cohérent et la pièce vire assez vite au ridicule. En mettant en scène les interrogatoires on se rend compte, tout d’abord de la manière dont était traités les accusés mais surtout de la déformation de leur propos qui est tellement poussée à l’extrême qu’elle en devient comique. Ils reproduisent les différentes scène décrites par les rapports pour nous faire comprendre qu’elles appartiennent à une fausse réalité 

Un point primordiale de cette affaire est que la sphère publique s’est beaucoup impliquée.

Le metteur en scène a donc choisi de reprendre la bande son des différents médias pour que les comédiens l’interprètent avec des mimiques comiques, afin de mettre en avant le ridicule de leur propos. Ça donne donc un aspect négatif sur la qualité des médias et des informations utilisées et se moque directement des présentateurs télé qui parlent avec conviction sans avoir aucune vraie preuve, arrivant à des conclusions tirées par les cheveux.

On pourrait dire que cette pièce est satirique, surtout en voyant la mise en scène des inspecteurs interrogeant la caissière du supermarché qui nous rappelle des mauvais films policiers des années 80’. Mais elle reste réaliste car les choix d'action de l'activité judiciaire, aussi ridicules et comiques soient-ils, sont réels.

Finalement le message qui veut être transmis est que notre vie dépend d'un état corrompu. La vie d'une dizaine de personnes a été brisée car l'État français, qui se proclame démocratique, voulait faire taire et diaboliser des gens qui s'opposaient à leur politique. Cette pièce nous rappelle de ne pas prendre nos droits et libertés pour acquis ainsi que de comprendre que notre gouvernement s'éloigne de plus en plus de nos valeurs démocratiques.

Il y a eu ironiquement un sabotage en tous points similaire en août 2014 qui lui a été considéré comme un simple « acte de malveillance ».

Elisa Santon

Strange Fruit - Billie Holiday 1939

"Strange Fruit” est un poème composé par Abel Meeropol en 1937 (sous le pseudonyme Lewis Allan) et mis en voix par Billie Holiday en 1939. La chanson aux tons lents et sombres proteste contre le lynchage des Afro-Américains en comparant les victimes pendues aux fruit des arbres.

Ces violences avaient atteint leur apogée dans le sud des États-Unis au début du XXe siècle et, en rendant cet hymne populaire, Billie Holiday s'est engagée à montrer au monde les horreurs perpétuées dans le sud des Etats-Unis à cette époque et a participé à débuter l'engrenage du mouvement pour les droits civiques.

Lien à la chanson

La générale d’expérimentation ou la liaison musique-démocratie

Nous vous proposons cette semaine de découvrir la Générale d’Expérimentation. Il s’agit d’un groupe de musiciens innovateur qui s’éloigne des attentes habituelles pour interroger la place de la musique dans la démocratie, ainsi que la démarche des musiciens. Le collectif en effet porte très bien son nom puisqu’il est un véritable laboratoire de recherche musicale et sonore qui peut mixer improvisation et composition, acoustique et électronique…Il se produira du 19 au 20 novembre à Paris et présentera son répertoire tout en interagissant avec le public.

Democracy, chorégraphe : Maud le Pladec

Nous allons parler aujourd'hui de la chorégraphie Democracy, de Maude la Place, qui place le corps au centre du débat politique pour une danse d' "intérêt public".

Le thème "Si la musique fait autorité, si la musique incarne la loi, quelle peut être alors la position de la danse"

Dans cette chorégraphie, 5 danseurs et 4 batteries sont mis en scène. Maud Le Pladec choisit de travailler sur la confrontation entre musique et danse à l'aide de 2 partitions bien différentes qui représentent deux esthétiques : le post minimalisme américain et la scène musicale contemporaine européenne. Mais la chorégraphe va au-delà, il y a un enjeu politique. Elle place le corps au centre du débat politique en se posant la question : est ce qu'il faut suivre le rythme ou au faire l'expérience de l'insurrection ? Cela lui permet aussi de se poser la question de l’être ensemble, c'est-à-dire se demander quel type d’insurrection quand il y a autorité. À quel moment cela devient illégal ? Qu’est-ce que cela veut dire d’aller à l’encontre d’un intérêt public ? C'est ici que nous pouvons dire qu'il y a un rapport entre ces questions d'ordre politique et la confrontation entre musique et danse. En effet, nous pouvons dire que la musique est plus forte que les corps, elle incarne le pouvoir, la loi. Sur scène les danseurs et les percussionnistes vont se produire en se posant la question "qui mène la danse".

“Revolución pazcífica” LOS JÓVENES CREADORES DEL CHOCÓ (Colombie)

Je vous propose aujourd’hui de découvrir une chorégraphie de l’association Jóvenes Creadores del Chocó qui a été en représentation le 9 et 10 novembre au Pavillon Noir à Aix. 

Situé dans l’ouest de la Colombie, le Chocó, fief de la culture afro-colombienne, est connu pour la splendeur de ses côtes et ses paysages tropicaux. Les danses afro-urbaines sont au cœur de cette région, elles permettent d’exprimer le besoin vital de résistance et de guérison qu'éprouvent les jeunes. Mais l’énergie positive de la jeunesse y affronte une criminalité particulièrement violente. En effet, nous remarquons une recrudescence de la criminalité depuis quelques années, en particulier dans les villes. Dans ce contexte, l’organisation Jóvenes Creadores del Chocó mène des projets artistiques pour aider les jeunes à entrer dans un cercle de création et de pacification plutôt qu’intégrer des gangs. Leurs spectacles bouillonnent de danse, chant, gestes et paroles, d’énergie, d’émotions et de sensations à partir de rythmes percussifs, de leur héritage afro-colombien, de mythes, de masques et de couleurs.

Une citation peut être associée à leur spectacle : “Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus.” Pina Bausch

Lien au site (en colombien)

2+2=5, Radiohead 2003

Radiohead est un groupe de musique bien connu pour son engagement politique. 2+2=5 est une chanson, extrait de leur album parue en 2003 “Hail to the thief”. Le titre de la chanson est une référence à 1984 (de Orwell), lorsque Big Brother montre (ou plutôt force) Winston comment rejeter ce que l’on croyait être vrai. Ainsi, il lui dit que 2+2=5. SI l’on croit ceci, on est prêt à tout croire. Le nom de l'album fait référence à George Bush qui aurait “volé” les élections présidentielles aux Etats Unis en 2000.

La chanson aborde donc le fait que les choses ne sont pas forcément ce qu’elles semblent être. En effet, Thom Yorke dit que la pluie d’avril tombe en janvier, que 2+2=5, et ensuite il modifie l’expression courante anglaise “hail to the chief” à “hail to the thief”.

Lien vers la chanson

“I think the answer’s yes”, 1990, The beautiful South 

The Beautiful South, un groupe de musique quelque peu mémorable dans l’histoire de la musique britannique, et bien connu pour son engagement tant dans le domaine politique que social.  Leur chanson du album “Choke”, I think the answer’s yes est indéniablement ce que l’on appelle une “protest song”. On est en 1990, Margaret Thatcher vient de démissionner et la fragmentation entre les différentes classes sociales est plus forte que jamais: une sensation d’agitation commence à surgir, notamment parmi les classes populaires.

Avec des paroles telles que “ So to a world without hunger, where royalty face death” (“Alors vers un monde sans faim, où la royauté affronte la mort”), cette chanson comprend de fortes doses de paroles politique personnelle et publique. Ce morceau est un réquisitoire contre les abus du système politique et l'écrasement de la classe ouvrière qui promet de faire de son mieux pour faire tomber la structure du pouvoir, la considérant comme irrévocablement corrompue. Il y a un fort contraste entre la voix plutôt douce de Paul Heaton, la trompette joyeuse et le message de la chanson.

Certes la chanson ne pose pas directement la question, mais elle est évidente: avons-nous besoin d’une révolution? I think the answer’s yes.

Lien vers la chanson

Hurricane, Bob Dylan, 1976

Écrite en 1976 par Bob Dylan, Hurricane est une “protest song” écrite par Bob Dylan manifestant contre l'emprisonnement de l’ex-boxeur Rubin Carter (du surnom Hurricane). Dans la chanson, Dylan dénonce le fait que le racisme serait la principale raison des condamnations dans des procès qu’il condamne “fictifs”.  

Cependant, cette chanson fut au cœur de quelques polémiques. Au cours de ce morceau, Dylan a incorporé des informations incorrectes dans son morceau , ce qui lui forcera à réenregistrer la chanson l’année suivante. Par exemple, il dit que Carter était le meilleur boxeur des poids moyen au monde (il était 9eme), et dénonce Alfred Bello et Arthur Dexter Bradley d’avoir « dépouillé les corps », tandis qu’aucune accusation de telle a été faite. Tout de moins, en 1985 la justice américaine reconnaît que Carter n'a pas bénéficié d'un procès juste et équitable. Carter est remis en liberté.

Lien vers la chanson

Ferguson’s burning - Ezra Furman

58 ans après l’abolition des lois de Jim Crow aux USA, on continue à lutter contre le racisme. Le mouvement politique de “Black lives matter” à provoqué une prise de conscience mondiale sur l’inégalité qui persiste dans beaucoup trop de pays. Cette inégalité est davantage visible dans le pays qui se vantent d’être le plus parfait, le plus égalitaire, le pays du bonheur et de la justice, le pays où tout individu vivra “the American dream”. Les personnes noires aux USA faisaient face à beaucoup d’injustices, mais c’est l'oisiveté des USA lors des assassinats de Eric Garner et Michael Brown en 2014, qui fait déborder le vase d’eau et que le mouvement BLM commence. Ezra Furman, navrée et enragée de cette iniquité persistante écrit “Ferguson’s burning”. Lors de la publication de sa chanson sur les réseaux sociaux, elle écrit en descriptif:

“Ferguson’s Burning,” a song I wrote today about the recent indefensible police actions in Ferguson, MO; namely, the murder of Michael Brown and violence against peaceful protesters in the wake of Brown’s death. Arrest Darren Wilson. Make cops wear cameras. 

Qui se traduit par:

"Ferguson's Burning", une chanson que j'ai écrite aujourd'hui sur les récentes actions policières indéfendables à Ferguson, MO ; à savoir, le meurtre de Michael Brown et la violence contre des manifestants pacifiques à la suite de la mort de Brown. Arrêtez Darren Wilson. Obliger les flics à porter des caméras.

La chanson, écrite avec passion, contient des paroles qui choque l’auditeur, d’autant plus car il sait que Furman ne fait que dire la vérité. Une de ces paroles serait lorsque la musicienne s’écrit à plusieurs reprises “kill a young black man win a vacation” (“tue un jeune homme noir gagne des vacances”). En effet, le policier coupable de ce meurte, Darren Wilson, a reçu pleusieurs semaines de congé payé suivant l’assassinat de Brown. Médiatisée par le magazine britannique de Uncut lors de la sortie d’une compilation de chansons intitulée “Protest now!”, cette chanson chargée d’émotions, n’est qu’un grain de sable parmi un nombre inqualifiable d’action menées contre les discriminations raciales. Quand est-ce que les dirigeants blancs vont-ils écouter la voix du peuple et réellement implémenter du changement ?

Lien vers la chanson

Untitled, Laetitia Ky, 8 mars 2022

Laetitia Ky est une actrice ivoirienne, internationalement connue pour son activisme. Elle s’engage pour des causes via de nombreux moyens différents (peintures, post sur les réseaux sociaux), cependant la forme d’art la plus surprenante serait sa capacité unique à tresser ses longs cheveux en diverses sculptures. Ces sculptures sont par la suite photographié et posté sur les réseaux sociaux. C’est en 2017, qu’elle commence à utiliser les réseaux pour sensibiliser l’opinion publique. Sa première pièce engagé montrait un homme soulevant la jupe d'une femme. Ici on la voit en train de manifester pour la cause féminine. A travers cette oeuvre, elle explique qu’elle lutte, parmi d’autres choses, que les femmes aient accès à l'éducation, qu’il n’y ait aucun stéréotype assigné aux genres et de respecter les choix fait par les femmes (de ne pas avoir d’enfant par exemple). Laetitia Ky a reçu de nombreuses nomination, tels que le Prix international des musiques et celui du coupé décalé dans la catégorie “Femme de l’art”.

“Death of a loyalist Militiaman" de Robert Capa

Robert Capa, un des photo-journalistes les plus iconique de tous les temps, co-fondateur de l’agence de presse à renommée internationale, Magnum.  Capa est un photographe engagé dans la documentation des conflits, ayant réussi à capturer des photos qui reste désormais emblématique de nos jours.  Cependant, son métier dangereux le confronte à la mort, et en 1954, il meurt au Vietnam après avoir marché sur une mine, et on a raison de croire qu’il est le premier correspondant américain à mourir dans la guerre de Vietnam.

Cependant, pourquoi cette œuvre est-elle symbole de l’engagement de l’art dans la vie politique? 

Cette photo est sûrement la photographie la plus emblématique de Capa, voire même la plus utilisée pour représenter la guerre.  Cette photo à été prise en 1936 pendant la guerre civile espagnole, et montre la moment fataliste où une balle rentre en contact avec la tempe d’un soldat républicain. La guerre civile espagnole commence suite à l'élection démocratique du front populaire, un parti de gauche (coïncidant avec l'élection du front populaire en France). Dans le monde ouvrier, un air d’espoir rafraîchit les esprits. Cependant, ceci déplaît à de nombreuses personnes, notamment au Front National. Des tensions commencent à se faire sentir, des bombardements et des fusillades débutent, et peu après, la guerre civile éclate. Ce soldat se battait pour la liberté.  Mise à part le fait que c’est une photo techniquement excellente, elle est aussi, très mouvante. Vu que c’est une photo, et une photo c’est symbol de la réalité, nous sommes plus affectés par le message de l'œuvre. Nous voyons le visage du soldat mourant, un visage reflétant le manque de justice de cette guerre et le manque d’humanité qui persiste dans notre monde. On a aussi longtemps douté de légitimité de cette photo, de nombreuses personnes pensent que c’était une mise en scène, ou bien que le soldat venant simplement de glisser pendant qu’il courrait. Même de nos jours cela reste un fait très controversé. Robert Capa prend sa défense en disant; “No tricks are necessary to take pictures in Spain. You don't have to pose your camera. The pictures are there, and you just take them. The truth is the best, the best propaganda.”

11 septembre, court métrage de Ken Loach

Qu'entendez-vous par la déclaration  “le 28 juin est une des pires fautes qu'aurait pu commettre l’Homme”?  Pas grand chose j’imagine, vous vous demandez sans doute quel 28 juin est en question. Serait-ce celui de 1919, 1991 ou bien celui de 2004? Cependant, quand on entend les mots “11” et “septembre” juxtaposés, automatiquement on comprend que l’on parle des quatre attentats terroristes qui ont eu lieu aux USA. Certes, il y a des centaines, voir des milliers de 11 septembre au cours de l’histoire de l’humanité, mais on sait que ces deux mots renvoie à celui de 2001, l'événement qui poussa les USA à déclencher la guerre contre le terrorisme. Néanmoins, en Amérique Latine, le 11 septembre prend une autre signification. Dans ce court métrage créativement conçue par le directeur britannique Ken Loach, le personnage principal nous raconte, par le biais d'une lettre, les atrocités qui prennent place au Chili suite au putsch du 11 septembre 1973. 

La plupart des personnes pensant au 11 septembre 2001, ressentent de la tristesse, de la peine pour les victimes: même non-américain, ils sont en deuil pour les USA. Ceci dit, dans ce court métrage, Loach arrive à inverser cette situation, il pointe les USA des doigts et souligne leur cruauté. 

Ce film aborde l’assassinat de Salavador Allende, le président Chilien socialiste de l’époque, un président qui essaye de paver le chemin vers un pays égal, libre et démocratique. Cependant, pendant son mandant, le monde est en pleine guerre froide, la peur de l’expansion du communisme est omniprésente chez les États-uniens. Même si le pays n’était pas communiste, les USA craignaient que le socialisme d’Allende devienne par la suite communiste, et qu'un effet domino ferait que les États voisins tombent eux aussi dans le communisme.  La CIA commence alors à fournir des armes et de l’argent à l’armée chilienne, qui était contre le régime politique de l’époque. Le putsch est un succès, et le dictateur Pinochet arrive au pouvoir. Cette dictature radicale, qui efface toutes les traces de la démocratie antérieure, conduit à un massacre de 30 000 personnes, 10  fois plus que les attentats de 2001. 

Par le biais de ce court métrage, symbole de l’engagement artistique de Ken Loach dans la vie politique,  Loach nous rappelle que les Etats Unis ont eux aussi mené des attentats atroces, et qu’en fin de compte, en finançant partiellement ce putsch qui conduit à une dictature, ils n’ont pas respecté les droits universelle de l’Homme. 

Lien vers le court métrage

La chanson pour se révolter contre le communisme.

Du temps du communisme, beaucoup de Polonais voulaient se révolter. Parmis le différent mouvement de protestation, se sont trouvés les chanteurs et artistes Polonais. La chanson, notamment, est un outil très puissant. Tout le monde n’a pas forcément accès à des outils pour faire de l’art, mais tout le monde peut fredonner une chanson que quelqu'un d'autre a chanté. Pour le bouche à oreille; une chanson peut rallié des personnes. Car chanter ensemble forme un lien de communauté et pousse à agir ensemble en donnant du courage.

Un de ces artistes etait Jacek Kaczmarski, un poète et chanteur polonais. Il était connu en tant que “barde du mouvement Solidarność”. Ce mouvement luttait contre le communisme en Pologne, et Jacek Kaczmarski en faisait partie. Il écrivait des chansons qui critiquent le régime autoritaire de l’époque. Malgré le fait que ses textes soient poétiques et codés sous plusieurs couches de métaphores, ses chansons ont fait face à une censure violente. Certaines de ses chansons n'existaient que sur des cassettes clandestines, enregistrées illégalement. Ses chansons les plus connues sont "Mury" (les murs) et "Oblawa" (la chasse aux loups). Cette première chanson raconte l’histoire d’une personne qui veut détruire les murs et briser les chaînes qu'on lui à imposer. Mais vers la fin, on découvre que si personne ne se révolte, les murs seront reconstruits de nouveau et tout le monde aura des chaînes au pieds. C’est une chanson qui reste toujours d’actualité pour beaucoup d'endroits, où la critique du gouvernement et les révoltes sont illégales. “Obława” est un peu plus métaphorique. Le narrateur est un vieux loup qui veut protéger des louveteaux, mais une chasse est lancée. Les chasseurs représentent la police secrète communiste, qui veut éliminer tout polonais qui veut se révolter contre le régime autoritaire. Et malheureusement, même de petits louveteaux dont les yeux ne sont pas encore ouverts sont des victimes.

Une autre chanson très populaire est “Moj jest ten kawalek podlogi”, littéralement “à moi est ce morceau de plancher”. C’est une chanson écrite  par Waldemar Miszczor et chantée par le groupe Mr. Zoob. Le texte parle d’un prisonnier qui veut avoir “son propre morceau de plancher”. C’est une allégorie de la volonté de Polonais à avoir leur propre territoire, sans qu’il soit contrôlé par le gouvernement. 

Un peu moins connue, mais tout aussi importante est “Spytaj milicjanta”de Dezerter. C’est une chanson relativement courte, qui dit, avec ironie, que si on a une question il faut demander à la milice et “elle te dira la vérité”. Selon l’artiste, la chanson aurait pu voir le jour plus tôt, car le responsable de la censure n’a pas compris l’aspect moqueur du texte.

Ces chansons sorties dans les années 80 sont toujours très populaires de nos jours. Elles passent à la radio, jouent dans des colonies de vacances, on les chantent chez les scouts et même lors de mariages. Ces chansons, plus que lors rôle de critiquer le régime, sont devenues un aspect important de la culture Polonaise. Toujours d’actualité, ces chansons étaient utilisées lors de diverses protestations, notamment lors de démonstration pour les droits des femmes en 2020 et 2021, dans des films. Après la chute du régime, Jacek Kaczmarek fit des concerts dans toute la Pologne, pour la première fois sans censure.